Sei Arimori et Manuela Paul-Cavallier | « Le silence de la lumière » | Du 30 janvier au 22 février 2020

Le Japon et les pays occidentaux ont une tradition assez proche de la symbolique et du travail de l’or. Ce métal n’est pas seulement perçu comme un vecteur de préciosité et d’élégance : on considère depuis des millénaires qu’il élève l’âme en rapprochant l’homme du divin. Ce lien à la divinité tient autant au caractère quasi-inaltérable de l’or qu’à cette lumière toute particulière qui le rapproche du soleil. Souvent, ses reflets créent une atmosphère propre à la méditation, magnifiant l’environnement ou l’entourant de mystère. Au Pavillon d’or (Kinkaku-ji) à Kyoto, les reflets du temple dans le lac sont même si forts qu’ils annihilent l’ombre que les toits amples du bâtiment devraient créer.

Sei Arimori et Manuela Paul-Cavallier partagent tous deux la fascination de l’or. Le peintre japonais, initié au travail de la feuille d’or au Japon, l’associe souvent à la technique picturale de la tempera à l’œuf. La créatrice française, ancienne pensionnaire de la Villa Kujoyama, à Kyoto, a à cœur d’exprimer dans ses créations artistiques toute la dimension poétique de l’or. D’autres points de convergence rapprochent ces deux artistes de cultures et de parcours pourtant bien différents. Ainsi, tous deux portent, dans leur pratique artistique, une importance capitale au geste, au travail de la main, à la maîtrise de leurs techniques propres. Ils rappellent d’ailleurs ainsi que dans la tradition japonaise, il n’y a pas de différence de nature entre les beaux-arts et l’artisanat d’art. De même, Sei Arimori et Manuela Paul-Cavallier, qui associent l’utilisation de techniques parfois anciennes à une expression artistique très actuelle, construisent des ponts entre tradition et contemporanéité. Chacun le fait à sa manière.

Sei Arimori se définirait peut-être comme un artiste solitaire et pourtant il y a chez lui une sensibilité aux beautés du quotidien et une curiosité au monde peu communes. Dans une modestie qui n’est pas complètement étrangère à la culture nippone, il propose avec audace des aplats de couleurs, des mouvements subtils, des lumières mystérieusement relevées par l’utilisation de l’or ou de l’argent. Rien de tout cela ne fait écho aux messages politiques de nombreux artistes contemporains. Non, il y a chez Sei Arimori le goût de faire partager au spectateur l’émotion d’une beauté merveilleuse, inattendue et intemporelle. « Car le processus créatif de Sei Arimori se situe à la croisée de deux chemins, celui d’une méditation sur le monde et sur la nature de l’art, et celui d’une approche plus instinctive, entretenue par une inaltérable capacité d’émerveillement » écrit l’historienne de l’art Valérie Douniaux, spécialiste de l’art japonais, dans un texte de décembre 2019, présenté en annexe de ce communiqué. Pour l’exposition « Le silence de la lumière », Sei Arimori a conçu des œuvres sur bois, sur toile, sur papier, en deux et trois dimensions. Une série inédite de sculptures murales apparemment blanches laisse entrevoir des halos mystérieux de lumière dorée. Des peintures dont l’utilisation de la tempera fait subtilement vibrer les couleurs projettent le spectateur dans une redécouverte émouvante d’une beauté intemporelle.

Manuela Paul-Cavallier sait que la lumière a son énergie, qu’elle ne se laisse pas diriger : grâce à l’utilisation de l’or, elle ne peut qu’en initier le mouvement, qu’y insuffler sa propre créativité. À son niveau d’expertise, les techniques sont d’abord une invitation à créer, à innover, à pousser plus loin la poésie aurifère. Elle diversifie les supports : bois, médium, voile de bateau… et anticipe les jeux de lumière qui viendront faire chatoyer les œuvres, les faisant entrer en résonnance entre elles et avec leur environnement. Manuela Paul-Cavallier joue du contraste entre l’or et les supports qu’elle choisit : contraste de couleurs avec le choix délibéré de la complémentarité au noir, contraste de matières, contraste de matité. Elle crée des supports de matières, matitées et brunies, volontairement sobres, pour y faire danser la lumière. La spiritualité n’est jamais éloignée du travail de l’artiste, qui sait depuis longtemps combien l’or est associé, depuis des millénaires, aux mouvements spirituels, sur tous les continents. Manuela propose ainsi, entre autres créations, une série de sept pièces inspirées des sept portes initiatiques de Marie-Madeleine. Comme l’or, l’homme est fragile car malléable ; comme l’or, l’homme sait aussi être une source inépuisable d’inspiration.

Inspiration, fragilité, intemporalité, modestie, vibration, poésie : c’est dans le silence d’une lumière douce que Pierre-Yves Caër Gallery convie les amateurs d’art à entrer en résonnance avec les œuvres inédites de Sei Arimori et de Manuela Paul-Cavallier.

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