Andoche Praudel et Akihito Takuma | « Les rêves de la pluie » | Prolongation jusqu’au 11 janvier 2020

Les chemins des artistes Andoche Praudel et Akihito Takuma ne s’étaient jamais croisés jusqu’à l’automne 2018, lorsque Pierre-Yves Caër leur proposa une exposition combinée. Le premier travaille la céramique, entre la Corrèze, le Japon et la Chine, tandis que le second peint, principalement à Kanagawa, au Japon, et enseigne la peinture à l’université Wako de Tokyo. Ils cultivent pourtant une passion commune pour le travail des matières, les univers dépouillés et minéraux, les frontières toujours ténues entre abstraction et figuration.

L’exposition « Les rêves de la pluie » fait dialoguer leurs œuvres dans une évocation commune des éléments naturels. Chacun des deux artistes, en découvrant le travail de l’autre, a vu comme une évidence la proposition d’une exposition conjointe, tant leurs univers, aux techniques et aux expressions artistiques si différentes, convoquent des sensibilités proches.

De toute évidence, les deux artistes nous transportent au Japon. La peinture d’Akihito Takuma est parfois figurative, parfois abstraite – à une exception près, les œuvres de la série « Lines of Flight » présentées dans l’exposition « Les rêves de la pluie » sont abstraites – mais elle explore toujours ce travail de la matière, si caractéristique de l’art japonais. Akihito Takuma n’a de cesse d’approfondir cette ligne du geste, du délicat équilibre et de la retenue qu’il enseigne à ses étudiants en peinture japonaise. Andoche Praudel, qui découvrit le Japon en 1993 lorsqu’il fut résident de la villa Kujoyama, à Kyoto, après qu’un céramiste japonais, Shozo Tanida, rencontré au Mexique, l’eût convaincu d’abandonner la peinture pour la céramique, est le plus japonais des céramistes français. Ayant longtemps travaillé au Japon – dont il parle la langue couramment –, marié à une Japonaise, Andoche a noué en 1992 une amitié fructueuse avec Kichizaemon Raku XV qui n’est pas sans rapport avec sa pratique constante de l’esthétique raku. « Si au Japon mon travail est pleinement considéré comme occidental, dit Andoche Praudel, en Europe l’influence ne trompe personne ! »

Les œuvres des deux hommes magnifient d’autant plus le geste créateur de l’artiste que pour chacun d’eux, il n’y a pas de repentir possible. Qu’il travaille le raku, le grès de pleine flamme ou la porcelaine, Andoche Praudel considère toujours ses œuvres comme un prolongement de sa main ou de son corps. On y devine le mouvement de ses mains, dans la sculpture de la terre elle-même mais aussi dans la peinture ou l’émaillage. Andoche a une relation physique, presqu’intime, à ses pièces, qu’il serre dans ses bras tant elles sont fragiles bien que constituées des terres les plus anciennes. La démarche de création d’Akihito Takuma implique le passage, de haut en bas, sur la peinture à l’huile noire pas complètement sèche, d’un pinceau très large – jusque deux mètres de largeur – de peinture blanche qui manifeste le geste du peintre. Ces gestes sont définitifs, il n’y a pas de repentir, et les deux hommes assument la volonté de ne pas contrôler la totalité du processus de création et d’y embarquer un élément d’imprévisibilité et de tension créatrice. Takuma-san dit d’ailleurs qu’il a parfois plus l’impression de découvrir son travail après le passage du pinceau que le sentiment de l’avoir créé.

Le rapport à la terre, à la minéralité, à une nature fragile mais nourricière est prégnant dans les œuvres des deux artistes. Quand il représente des paysages urbains ou ruraux qu’il recouvre de traits verticaux de peinture blanche, Akihito Takuma crée un voile, une superposition qui génère un effet de profondeur, de fragilité et de mystère. La nature est soudain plus présente. Les longues trainées blanches ne sont pas sans rappeler les estampes de pluie de Hiroshige ou de Hokusai. Et même lorsqu’il applique ce passage de peinture blanche sur des fonds noirs abstraits, Takuma-san semble se repositionner à la limite de la figuration : il crée des scènes, des espaces qui évoquent des réalités naturelles. Andoche Praudel a quant à lui un rapport très fort à la terre de Loubignac où il est né et où il revint établir son atelier en 1995 : les Japonais, en lui demandant constamment s’il travaillait de la terre française, l’avaient convaincu que la terre était essentielle. « La terre permet d’exprimer la relation entre le cosmos et le chaos, dit-il. Qu’elle demeure fragile nous dit que cette mise en ordre du chaos n’est que

provisoire. »

Dans cette expositions « Les rêves de la pluie », Akihito Takuma et Andoche Praudel travaillent avec le paysage dont ils n’ont de cesse de faire des sources d’inspiration et de création. Comme des rêves, leurs œuvres n’épuisent pas la vision d’un seul coup mais au contraire suscitent l’imagination.


Mardi 19 novembre à 19h

Lecture de textes d’Andoche Praudel par une troupe de comédiens

Lecture par Gérard Cherqui, Philippe Dormoy, Didier Menin, Arnaud Le Glanic, Stéphane Valensi et autour du metteur en scène Patrick Haggiag

Andoche Praudel est non seulement céramiste, mais aussi philosophe, photographe et poète. Plusieurs de ses textes – poèmes, témoignages autobiographiques, introduction à certaines pièces de céramique… – seront lus par un groupe de comédiens, autour du metteur en scène Patrick Haggiag.

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